Cimetière de Farguinel

Un peu d'histoire

Comme il est traditionnel dans le monde chrétien depuis le Moyen-âge, le cimetière de Lafrançaise s’est tout d’abord développé autour de l’église paroissiale, au sud du bourg. Chacun désire en effet pouvoir bénéficier de la protection et du secours du lieu sacré, au plus près du sanctuaire. Quelques privilégiés se font inhumer dans l’église, les autres autour. Le cimetière voisine ainsi avec la place publique du bourg dans une coexistence du monde des morts et des vivants qui était alors la règle.
Mais les préoccupations hygiénistes qui se manifestent depuis le XVIIIe siècle entraînent dans tout le pays le déplacement des cimetières à l’extérieur des villes. En application du décret du 23 Prairial an XII (12 juin 1804) qui interdit d’inhumer dans les églises et les périmètres urbains, les autorités communales cherchent rapidement un nouvel emplacement à « l’extérieur des murs », au nord, selon les recommandations du décret, mais le cimetière de l’église n’est fermé qu’en 1818. Le nouveau (dont les travaux sont achevés en 1825) est donc ouvert en sur un terrain communal du faubourg de la ville (actuelle place Auguste Quercy) : selon les nouvelles recommandations il est clos d’un mur et fermé par un portail. Pendant plusieurs années les ossements découverts lors des travaux engagés sur l’ancien site y sont transférés.
Le cimetière ne reste cependant pas très longtemps là car il suscite de nombreuses inquiétudes pour les autorités, comme il apparaît dans les délibérations municipales à partir de 1850 : la nature des sols y est peu propice à la putréfaction des corps (nécessaire à la réutilisation de la fosse, dans une époque où les concessions ne sont pas encore très nombreuses) et cela pose d’importants problèmes sanitaires ; de même l’extension rapide du faubourg repose le problème d’une proximité du monde des morts à celui des vivants qui n’est plus acceptée.
La municipalité se lance alors, à travers plusieurs commissions qu’elle mandate, à la recherche d’un autre terrain, tout d’abord au nord puis dans toutes les directions car il s’avère difficile de trouver à la fois un espace adéquat par la nature de ses sols, qui soit ni trop loin ni trop proche de la ville, facilement accessible et enfin un terrain dont les propriétaires accepteraient facilement la vente à la commune. C’est finalement à Farguinel, sur son emplacement actuel, que ce terrain est trouvé en 1853, même s’il est relativement excentré et si la commune doit investir une somme importante dans l’aménagement par empierrement du chemin rural (peu praticable en hiver et par temps de pluie) qui y conduit. Les travaux s’achèvent en 1858.
L’organisation du nouveau cimetière est également fixée dès l’origine : il sera divisé en 4 carrés avec un rond-point, deux allées médianes en croix et 4 allées parallèles aux murs d’enceinte, conformément au plan présenté en conseil municipal. Cette organisation orthogonale est la plus fréquemment choisie dans les cimetières du XIXe siècle. Un triangle de terre situé au nord du cimetière catholique doit être spécialement affecté aux sépultures protestantes et autres. Les plate-bandes contigues aux murs d’enceinte puis la lisière des allées et du rond-point seront exclusivement destinées aux concessions (perpétuelles ou trentenaires) des personnes et leurs familles, avec droit d’y construire des monuments ou tombeaux. L’intérieur des carrés servira aux inhumations ordinaires. C’est la raison pour laquelle, encore aujourd’hui, apparaissent des différences entre une périphérie des carrés densément occupée par les monuments religieux, tandis que l’intérieur est vide ou occupé par des tombes plus simples.
Des concessions spéciales y seront par la suite consenties en faveur de la fabrique de la paroisse pour les ecclésiastiques et à la congrégation religieuse des Sœurs de Notre-Dame du Calvaire.
Des sépultures monumentales érigées en mémoire des défunts, où se généralisent les éléments d’identification des défunts et de la famille concessionnaire et qui soulignent l‘importance des liens familiaux. Des sépultures ouvragées et qui réflètent les goûts architecturaux du temps avec au XIXe siècle de nombreux monuments de style néo-gothique ou néo-classique. Des sépultures construites en lisières d’allées relativement larges. Tout ceci témoigne du fait que le cimetière est devenu un lieu de visite que les vivants rendent régulièrement à leurs morts. Et l’existence d’un espace dédié à des tombes clairement identifiables y fait apparaître de nouveaux rites de visite, comme le dépôt de fleurs.

Quelques tombes remarquables :

- les tombes pyramidales et la tombe des Montratier de Parazols :
Ces tombes constituent une vraie curiosité de l’architecture funéraire locale. On en trouve dans plusieurs cimetières de la commune de Lafrançaise mais la plus importante concentration se trouve ici. La localisation de plusieurs d’entre elles, alignées au bord de l’allée principale, et surtout de la principale, la plus grande, au fond et dans la perspective de l’entrée, semble indiquer une installation précoce de ces premières tombes pyramidales. Pour la plupart, elles sont construites en briques foraines, surmontées d’un faîte en pierre et d’une croix en pierre ou fer forgé. Le monument se prolonge en général par un petit caveau à l’arrière (sauf dans le cas de la plus grande).
La plus importante et la plus intéressante d’entre elles est donc celle de la famille seigneuriale locale des Montratier de Parazols. Ses dimensions : une base carrée de 3,5m de côté et une hauteur de 4 m. Elle porte un relief arborant les armes et la couronne comtale de la famille. Ce monument si particulier a été construit dans un des emplacements les plus recherchés puisqu’il se situe au fond de l’allée centrale, dans la perspective qui s’ouvre à partir du portail d’entrée. Sur les côtés, deux dalles funéraires :
- celle de Jean-Baptiste Antoine de Montratier de Parazols (1748-1828), célèbre membre de la famille, qui entama sous le règne de Louis XVI une carrière militaire, devint chevalier de l’Ordre de Malte avant de servir dans les forces royalistes contre-révolutionnaires, puis de devenir adjoint au maire de Lafrançaise au début du XIXe siècle, à l’époque napoléonienne.
- celle de son petit-neveu Alphonse René de Montratier de Parazols décédé à 22 ans en 1847.
Il semble donc que ces dalles funéraires aient été déplacées d’un cimetière antérieur pour être placées ici lors la construction du nouveau cimetière et l’érection du monument funéraire familial.
    Cette tombe, sans doute la plus ancienne, semble être le prototype d’une mode locale d’architecture funéraire « à l’égyptienne ». Si ce genre de tombes n’est pas unique dans l’art funéraire très éclectique du XIXe siècle en France (à coté des nombreuses tombes de style néo-gothique ou néo-classique), la particularité locale vient de ce phénomène de mode qui les a multipliées dans les cimetières du pays lafrançaisain durant la deuxième moitié du XIXe siècle.
En revanche, les raisons qui ont motivé le choix de ce modèle pyramidal par la famille des Montratier de Parazols pour leur chapelle funéraire restent encore aujourd’hui un mystère.

- la tombe de Louis Pernon
Cette tombe monumentale est une des plus imposantes et originales du cimetière de Farguinel. Elle mesure en effet 2m de long sur 1,20 de large pour une hauteur de plus de 3m. Construite dans un style néo-classique elle n’adopte pas la structure traditionnelle d’une chapelle funéraire mais celle d’un tombeau surmonté d’un temple de style néo-classique, avec six colonnes soutenant un toit à fronton triangulaire orné de motifs végétaux, d’acrotères.. Sur la face ouest, au centre du socle, gravée sur une plaque, se trouve l’inscription :
« A Louis Pernon bienfaiteur des pauvres/Hommage public de reconnaissance »
Au sol, une plaque attenante au socle et de la même largeur présente cette autre inscription :
« Ci-gît la dépouille mortelle de M. Louis Pernon né le 22 août 1772 décédé le 7 8bre 1843 il fut d’un naturel doux bienfaisant humain charitable aussi est-il regretté de tous ceux qui avaient des rapports avec lui ou qui l’ont connu »
Ce Lafrançaisain a qui la commune a donné en 1910 le nom de la rue principale du bourg est un bienfaiteur de la ville. Issu d’une famille d’officiers civils et militaires du roi vivant à Montauban mais possédant des biens au Saula, il meurt sans descendants ni héritiers directs en 1843. Il a choisi de léguer la majeure partie de ses biens, notamment la propriété du Saula où il demeurait et d’autres biens immeubles, à la commune (ce qui lui permettra de financer en partie l’achat d’une maison sur la place principale destinée à accueillir la mairie et l’école des garçons) et à l’hôpital de Lafrançaise pour leur permettre de venir en aide aux pauvres. Le testament prévoit aussi d’aider à doter une « jeune et sage fille » de Lafrançaise ou Saint-Maurice, au choix du maire et du conseil municipal.

- la tombe de Louis Sabatié
Ici est enterré le jeune résistant tarn-et-garonnais Louis Sabatié, élève du lycée Ingres de Montauban en octobre 1940. Bachelier en 1942, il y devient surveillant et y crée un groupe se chargeant de l’impression et l’édition de tracts clandestins. Engagé dans les FTP en 1943, il participe à des attentats contre des établissements allemands ou miliciens de Montauban. Arrêté le 3 février 1944, transféré le 17 février à la prison Saint-Michel de Toulouse où il est immédiatement jugé par une Cour martiale et fusillé par des Miliciens ; il n’avait que 20 ans ! Tous les ans le 17 février a lieu dans ce cimetière une cérémonie à sa mémoire, devant sa tombe.

- le caveau des prêtres :
Sa localisation respecte l’usage établi puisqu’il se situe au pied de la grande croix, monument religieux placé au centre du cimetière pour rappeler qu’à l’origine et jusqu’à l’avènement de la IIIe République ce cimetière est confessionnel. Ce caveau a été concédé gratuitement et à perpétuité par la commune en 1875 à la suite d’une demande de la fabrique de Saint-Georges, pour honorer le curé Garric et y ensevelir par la suite les prêtres de la paroisse. Parmi les prêtres qui y reposent, le plus célèbre est le chanoine Pouzols, curé de Lafrançaise de 1929 à 1955 qui rédigea durant ces nombreuses années un bulletin paroissial, Brises et parfums de Lafrançaise, dont la lecture livre d’intéressants témoignages sur la vie de la commune et de ses habitants.

- le caveau des Sœurs de Notre-Dame du Calvaire
Cette congrégation catholique fondée par le père Pierre Bonhomme en 1833 à Gramat pour se consacrer notamment à l’éducation des enfants s’est développée tout d’abord en Quercy, puis (au XXe siècle, après l’interdiction par la République de l’action éducative des congrégations) dans le monde dans le cadre d’une action missionnaire. Très tôt en 1845, elle fonde à la demande du maire de la commune une école catholique de filles à Lafrançaise, sa première fondation à l’extérieur du Lot. Cette école occupe tout d’abord un bâtiment de la rue Léon Cladel, mais lorsqu’il est récupéré par la commune en 1888 pour abriter l’école laïque de filles, elle s’installe au 41 rue Mary-Lafon, nouvelle fondation à l’origine de l’actuelle école Sainte-Marie.